Sous cet article de janvier, l'un d'entre vous demandait à avoir quelques précisions sur cet animal méconnu et mystérieux qu'est le castor-tampax. Après moultes recherches, je suis
à présent en mesure de vous en dire plus sur cet animal à la pelure magique et flamboyante, sur ce rongeur aux vertus incroyables, bref sur cette énigme zoologique haute en couleur.
Première question angoissante qui étreint l'esprit comme le TGV étreint électrique : c'est quoi un castor-tampax ?
C'est une excellente question à laquelle je réponds sans sourciller. D'ailleurs, même si je sourcille, moi, tout le monde s'en fout de mon sourcil. Alors que Mister D., même s'il ne sourcille
pas, tout le monde se pame devant les siens, de sourcils... bref, on s'en fout, c'est pas la question.
Le castor-tampax, comme ses congénères d'Europe (castor fiber) ou d'Amérique du Nord (castor canadensis) est un rongeur de la famille des castoroïdes, comme les morts sont des
douleurs de la famille des morroïdes, mais ça n'a rien à voir, restez concentrés !
L'appellation scientifique du castor-tampax est castor rutilis-argentae, en raison de sa robe bicolore. En effet, le castor-tampax est le seul de la famille des castoroïdes à présenter
un pelage rouge en blanc. La tête est rouge, mais sa queue est blanche. Or, contrairement à ses coreligionnaires qui ont la queue plate en raison d'une fermeture de portière de voiture un peu
brutale, le castor-tampax a la queue longue et très très fine, et très très longue... et fine. Ceci lui permet de s'aventurer dans tous les ruisseaux du monde en recherche de son plat favori : le
souriceau à tête creuse, caractéristique au son de sa tête quand on frappe dessus avec un petit maillet en bois.
Ainsi, pour s'en délecter, le castor tampax pénètre-t-il dans le terrier du souriceau, se saisit-il de son petit maillet en bois et frappe-t-il délicatement la tête de sa proie. Si la tête fait
un gros "dong", c'est un souriceau à tête creuse, et le castor-tampax donne un deuxième coup, beaucoup plus violent afin d'assommer sa victime pour savourer sa viande (qu'il accompagne
occasionnellement d'une petite béarnaise et d'un bordeaux vieux, mais passons).
En revanche, si le choc du maillet sur la tête de l'animal produit un petit "poc" suivi d'un puissant "Groooaar", c'est qu'il s'agit d'un buffle en colère, ou d'un taureau caché dans un
trou de souriceau. Dans ce cas, il importe qu'avec agilité le castor-tampax s'en aille, mais le rouge de sa tête risque d'irriter sa victime. Heureusement, sa vivacité est renforcée par la
finesse de sa queue blanche qui lui permet de s'évincer de ce mauvais pas. Ouf, sauvé !
Si le castor-tampax a la tête rouge et la queue blanche et fine, c'est à la suite des insondables mystères de l'évolution des espèces.
Allez, asseyez-vous en rond, je vais vous conter l'histoire de Ragondin Ier, empereur des Castors.
La légende raconte que Ragondin Ier, mythique empereur de la tribu des premiers castors, fut un jour coincé tête la première dans un trou de souris. Car il chassait ces animaux pour
nourrir ses enfants nombreux, ses amis inombrables ainsi que l'immense et belle communauté des castors qui régnait en maître sur la Terre. Or, il s'y trouva museau-à-museau avec un
grizzly qui y cherchait ses clés... ça arrive. Pris de peur et de panique bien légitimes face à cette rencontre inopportune, Ragondin sentit son pelage virer intégralement au blanc. C'est
très rare comme situation. On appelle ça une dépigmentation complète du manteau pileux. On n'avait jamais vu ça depuis Marie-Antoinette dont les poils (la plupart des poils) virèrent au
blanc la veille de son exécution capitale. Bref, d'auburn qu'il était, Ragondin devint tout blanc. Puis, sa victime, s'avisant qu'un intrus pénétrait son logement, poussa un
rugissement épouvantable. Gueule béante, toutes dents dehors, il éructa par la même occasion un salmigondis de restes sanguinolents qui teintèrent en rouge la robe immaculée du castor. La queue
de l'animal, frappant d'angoisse à l'extérieur du terrier, resta blanche. Pour l'en sortir, les sujets de l'empereur des castors tirèrent à bras raccourcis sur sa queue plate qui s'allongea,
s'allongea, s'allongea, s'étira, s'étira, s'étira, s'affina, s'affina, s'affina, et perdit sa fière platitude et son imposant touffisme. Lors, quand il fut extrait des griffes du grizzly et de
l'emprise du terrier, l'empereur Ragondin ne ressemblait plus du tout au vaillant castor qu'il était. Lui dont la platitude et le touffisme de la queue faisaient la fierté, il fut banni
de sa tribu et alla finir sa vie dans les plaines arides de la Laponie, là où vivaient déjà les petits poneys à bec courbe, plus pratique pour faire de la broderie.
C'est ainsi que naquit le premier specimen de castor-tampax...
Oh ! OOOOH ! on se réveille dans le fond, et on essuie la bave qu'on a à la comissure de la lèvre... dégoûtant !
Deuxième question non moins intéressante : où vit le castor-tampax ?
Ah, encore une belle question, on sent l'avidité de découvrir cette espèce rare dans ce propos innocent de Z'enfant curieux de tout et passionné par la culture HD-mentielle. Je dis bravo.
Je dis bravo, certes, mais je ne sais que répondre... Car les dernières peuplades reculées de castors-tampax sont isolées dans le froid austère et pénétrant-par-là des nuits lapones. J'ai bien
peur que le reculage angoissant de ces endroits glauques et terribles ne soient un obstacle à ce que l'homme civilisé irrupte (du verbe irrupter : faire irruption) dans la quiétude des
derniers vrais descendants de Ragondin Ier. Dans ces conditions, chères et chers Z'enfants de tous les pays, vous dont les yeux luisent d'une curiosité bienveillante, vous qu'agite
frénétiquement un irrésistible appétit de savoir et de connaissances, vous qu'un rien suffit à faire vibrer de contentement et de plaisir, vous qui vous satisfaites de la moindre
miette de culture, vous qui êtes à nous ce que nous sommes à vous, vous qui demandez toujours pour apprendre, connaître, découvrir, dans ces conditions (disais-je huit virgules
auparavant), dans ces conditions, je pense qu'il faut abandonner l'idée de trouver un castor-tampax.
C'est fort dommage d'ailleurs, car une fois éviscéré, vidé, tanné, écorché, diffamé et morné, le castor-tampax peut devenir un ravissant petit sac à main ou une moufle (avec ficelle pour ne pas
la perdre). Or, vu le froid de canard qu'on nous promet pour l'été, une petite moufle rouge avec une ficelle blanche pour se réchauffer la main...
Ceci dit, pour prouver que tout ça est bien réel, je vous invite à lire l'article de DESPROGES sur les Canadiens (dans son opuscule anti-étrangers à mourir de rire : "Les étrangers
sont nuls"). Vous verrez que l'illustre auteur de "Des femmes qui tombent" relate cet animal rarissime et éminemment mystérieux.
Comme quoi, chez HD-Ready (le e-journal le plus lu de la Sarthe), rien n'est inventé !
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